Le carnaval de Dunkerque : l’âme de de la ville


Le carnaval de Dunkerque est le moment où le cœur de la ville bat à l’unisson. Il paraît que la tradition remonte au XVIIème siècle, à l’époque où les armateurs donnaient de grandes réjouissances pour les pêcheurs avant d’embarquer pour 6 mois vers l’Islande. Ils partaient au début du carême, leur paquetage était à bord, alors ils s’habillaient avec les vêtements de leur épouse pour une dernière fête. Ils savaient que tous ne reviendraient pas. 

Aujourd’hui, le carnaval de Dunkerque dure entre deux mois et demi et trois mois. Les dates sont fixées en fonction du jour de Pâques, l’ordre des bals et des bandes est toujours le même. Chaque quartier de la ville et de l’agglomération voit défiler sa bande le dimanche, et chaque samedi soir précédent, un bal est organisé par et au profit d’une association carnavalesque. Le point culminant des festivités est Les Trois Joyeuses. Le coup d’envoi est donné par la bande de Dunkerque le dimanche, elles continuent avec la bande de la citadelle le lundi et se terminent par la bande de Rosendaël le mardi gras. Lors de la bande de Dunkerque, le maire au balcon de son hôtel de ville accueille la foule de carnavaleux en lui lançant des harengs fumés, succulents kippers heureusement enveloppés dans du film transparent. Rassasiée, la bande attend le signal du tambour-major et de la fanfare pour repartir. 

La bande ou cortège de carnavaleux est un joyeux bazar organisé. En tête le tambour-major, habillé comme au temps des guerres napoléoniennes, donne la cadence. Puis viennent les musiciens tous habillés en pêcheurs avec leurs ciré jaune et marinière. Ensuite, se trouvent les gros bras de la première ligne, ce sont eux qui retiennent la pression des carnavaleux pendant le chahut. Et enfin s’étire la joyeuse bande colorée des carnavaleux. Attention, les fifres jouent l’air de Bon Voyage Monsieur Dumollet, c’est le signal du départ. Les carnavaleux s’enlacent par les coudes pour former des lignes qui font toute la largeur de la rue, la bande s’ébranle. Les cœurs se serrent, les gorges se déploient, la bande chante à s’époumoner les airs du carnaval. Les chansons paillardes s’enchaînent pour raconter les déambulations des carnavaleux de chapelles en chapelles (la chapelle est une maison qui accueille et étanche la soif des carnavaleux, on y entre quand on est invité). Les plumes des boas volent, plumeaux et parapluies s’élancent vers les ciel. Au signal du tambour-major, le chahut démarre. Les premières lignes se resserrent et retiennent la foule qui pousse en chantant et sautillant. Puis les fifres reprennent leur chant léger et joyeux. La bande peut repartir. Quelques chahuts plus tard, la bande se réunit pour un dernier rigodon intense et émouvant qui se termine par l’hommage au Cô, célèbre tambour-major dunkerquois, et la cantate à Jean Bart, le corsaire symbole de la ville. Tout le monde termine à genoux en se tenant par la main, chante, pleure. La fanfare se tait. La bande se disperse jusqu’à la prochaine.


Sophie Mayeux


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