En photographie, le style, c’est un rapport au monde

Crédit Richard Avedon et Laura Wilson


C’est une phrase qui m’a interpellé dans le dernier numéro du magazine Réponses Photo. J’ai souvent été obsédé par le fait d’avoir un style ou une écriture photographique.  C’est indispensable à mes yeux, surtout depuis que la maitrise technique n’est plus un élément différenciant. Imaginez un auteur de romans sans style…Après tout, on parle bien de photographe auteur. 


Jusqu’à la lecture de cet article, le style était pour moi une notion complexe. Comment l’acquérir, où le trouver, doit-on s’inspirer de photographes que l’on admire ? Comment le vendre ? Doit-on le cultiver ? Peut-on en sortir ? Comment doit-il évoluer ? Et puis quand j’ai lu cette phrase, tout s’est éclaircit. C’était l’évidence même. Le style est devenu un fait acquis. La façon dont on regarde le monde, dont on le comprend, va définir notre façon de le représenter. Cette citation, je dois avouer qu’elle m’arrange bien car elle répond d’une traite à toutes les questions précédemment énoncées. Bien au delà du style photographique, cette affirmation interpelle cependant. De là, découle tout un nouveau questionnement plus intéressant que le précédent sur la façon de témoigner, de dire, de s’exprimer avec des images. 

Suis-je plutôt dans une photographie de fiction ou au contraire directement inspirée du réel ? En résumé, vais-je mettre en scène ou pas ? Quelle va être la bonne distance avec mon sujet ? Suis-je dans l’action ou au contraire dans la contemplation ? Le style touche donc à beaucoup d’éléments liés à la forme. Je pense également qu’il est lié au fond, à la nature même des sujets traités.  Avoir un fil conducteur sur l’ensemble de son travail personnel apparait dès lors comme une évidence. Cela rejoint une autre citation, celle de John Sarkowski, célèbre responsable du département photo au MOMA de New York, “La photographie est à la fois une fenêtre sur le monde et un miroir pour le photographe”. Tellement vrai…


Pour illustrer cet article, j’ai choisi des photographies de Richard Avedon et Laura Wilson qui a bien documenté son travail. On reconnait tout de suite une photographie de Richard Avedon en la voyant. Et son fameux travail sur l’Amérique profonde (“In the American West”) en dit long sur sa personnalité et son engagement politique. Il suffit de regarder le travail de beaucoup de grands photographes à travers l’histoire pour se rendre compte que le style est un puissant décodeur permettant de bien appréhender leur rapport au monde derrière leurs propres images.


Le portrait du comité de direction

Si vous êtes en charge de la communication de votre entreprise, votre direction vous a déjà certainement sollicitée pour un portrait de groupe de ses membres. Je parle de portrait de comité de direction, mais évidemment cela s’applique à un conseil de surveillance, conseil d’administration, COMEX, etc. On parle de la même chose à partir du moment où on doit traduire en image un groupe de cadres dirigeants ou de personnes censées représenter l’entreprise. C’est un exercice toujours délicat mais passionnant. Mais trop souvent, c’est une image prise à la légère, sans la réflexion préalable que cet acte mérite. Un portrait du comité de direction est important et engageant pour les 3 raisons suivantes :

  • Il a vocation à être diffusé à l’extérieur de l’entreprise ;
  • Il en dit long sur votre entreprise : la tenue et la posture des membres, l’endroit dans lequel le portrait est réalisé, le placement de chaque membre en lien (ou pas) avec sa position hiérarchique, etc.
  • Il se retrouve bien souvent sur des supports imprimés (rapports d’activités, etc) qui nécessitent donc une qualité d’image élevée. Je veux bien croire que l’iPhone fait des belles photos, mais ça a ses limites tout de même !

Le fait d’avoir recours à un photographe extérieur professionnel est déjà un premier pas. Aux yeux de la direction, il aura la légitimité nécessaire pour que cet exercice soit pris au sérieux par les participants. Enfin, étant extérieur à l’entreprise et ayant la légitimité pour le faire, il pourra facilement donner un avis sur la cravate has been de votre DG, ou sur la braguette ouverte d’un des participants (un grand classique…).

Les obstacles sont nombreux avant d’arriver à produire un portrait de qualité. Je les ai listés de façon non exhaustive :

1 / Le timing. Bien souvent, le photographe ne dispose que de 5 min juste avant la réunion hebdomadaire. C’est bien trop peu. Il faut anticiper le fait qu’il y aura  des retardataires parmi les membres, que l’un d’entre eux ne pourra pas s’empêcher de répondre au téléphone ou d’aller fumer une cigarette, confondant photo de groupe et pause… Donc il faut prévoir une marge de sécurité. S’il n’y a pas de maquillage préalable (on y reviendra plus tard), 20 à 30 minutes constituent un minimum car c’est le temps nécessaire au photographe pour faire quelques ajustements de lumière, de positionnement et aussi pour le groupe de se concentrer et d’être “dedans”. Enfin, je ne demande pas à mon client de combien de temps il dispose mais je lui demande s’il est disposé à y consacrer le temps que j’estime être nécessaire (en y ajoutant une marge de sécurité). Même si au final ça revient au même, c’est une façon habile d’inverser les rôles. Et s’il faut, on négocie…

2 / L’environnement. Fondamental ce point ! Pour ma part, je demande toujours la possibilité d’effectuer un repérage préalable. Le lieu de prise de vue me permet d’élaborer un scénario et une ou plusieurs compositions possibles. Le lieu doit faire sens avec la culture d’entreprise, son activité ou sa taille. Le lecteur devra être en mesure de lire ces indices dans la photographie. Si les bureaux ou les locaux sont inesthétiques ou sans intérêt, je propose un autre scénario ailleurs dans la mesure du possible. Par exemple, pour une entreprise de travaux publics, la photographie peut éventuellement être réalisée sur un chantier chez un client (en plus c’est un moyen de valoriser le client !).

3 / La météo. Si la photographie est prévue en extérieur, je prévois toujours un plan B en intérieur en fonction de la météo. Et s’il fait beau, je m’assure que les personnes n’auront pas le soleil dans les yeux à l’heure prévue pour la séance.

4 / Le repérage. J’en ai parlé plus haut mais il est indispensable. Pour le client, me confier la photographie de son comité de direction, c’est une marque d’engagement et de confiance qu’il me fait car la réalisation d’un tel portrait engage l’image de son entreprise, celle de sa direction et donc au final la sienne. Durant ce repérage j’essaie de rencontrer, même brièvement, le DG. C’est l’occasion de lui faire part de ma méthodologie, voir du scénario envisagé afin que celui-ci soit moteur le jour J. C’est aussi l’occasion de le mettre en confiance.

5 / Le maquillage. En fait, on parle plus de mise en beauté que de maquillage. Le rôle de la make-up (désolé mais c’est un métier encore très féminisé !) est aussi de “destresser” les participants et de faire en sorte qu’ils glissent en douceur dans le temps de la prise de vue et qu’ils quittent leurs pensées et soucis. Et bien entendu, la make-up va éviter les brillances de peau. Enfin son rôle va contribuer à légitimer la prise de vue. 

6/ Le positionnement des gens. C’est un exercice subtil car vous risquez parfois de froisser certains égos. Je me renseigne au préalable pour connaitre la position hiérarchique ou le poids politique (c’est parfois plus important !) de chacune et chacun. Autant que possible, je mixe les hommes et les femmes. Enfin, en principe le DG ou la personne la plus importante sera positionnée à un endroit clé de l’image. Le lecteur doit pouvoir l’identifier facilement uniquement en regardant l’image. Mais, mais mais ! Là aussi il est nécessaire de bien de connaitre la culture de l’entreprise car dans certains cas, cette règle ne s’applique pas et le DG souhaitera être non pas au centre mais fondu dans le groupe. 

7/ Enfin le photographe. Autant que possible, je prends un assistant le jour de la prise de vue. L’assistant me soulage côté matériel car il m’aide à tout porter, va monter la lumière en suivant mes instructions et peaufiner les réglages de flashs au moment de la prise de vue. Cela me permet d’être pleinement focalisé sur la scène et d’être présent à tout ce qui se passe. Enfin au moment de la prise de vue, je fais en sorte de m’imposer suffisamment pour être en mesure de diriger le shooting. Sur un shooting, le seul patron c’est le photographe, même quand on photographie Bernard Arnaud. Bon, évidemment, je fais preuve d’empathie et de diplomatie pour ne pas braquer les participants ! Mais la direction de la prise de vue met en confiance ces derniers en leur donnant le sentiment que le photographe connait son job. Il ne doit pas y avoir d’hésitations ou plutôt d’indécisions de la part du photographe et le moins de temps mort possible. Pour le timing, petite astuce, je m’arrange si possible pour terminer la séance un peu plus vite que prévu. Le temps est une denrée rare pour des cadres dirigeants. Ils vous en sauront gré si vous leur en faites gagner.


Bon, ok, je vous ai dressé un tableau idéal du déroulé d’un portrait de groupe de dirigeants. La preuve, c’est que dans les 3 portraits ci-dessus, un seul a été réalisé avec une make-up et pour celui en salle de réunion, il n’était pas possible de repérer les lieux au préalable. Le propre du photographe professionnel est aussi de savoir s’adapter. Mais il m’est déjà arrivé de refuser de faire un tel portrait car j’avais le sentiment que je ne disposais pas des conditions suffisantes pour bien travailler. Au final, c’est mon client qui aurait été pénalisé et mon image qui en aurait souffert.

En conclusion, c’est un exercice délicat mais c’est un beau challenge. Il faut savoir raconter l’entreprise et ses dirigeants en une seule image. Là comme ailleurs, c’est la capacité à raconter une histoire qui fait toute la différence.

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Gérer sa photothèque en entreprise : quel logiciel choisir ?

Ca y est, vous avez un référent unique dans votre entreprise prêt à gérer votre photothèque. Vous avez défini une arborescence, un thesaurus propre à votre entreprise et votre activité. Vous avez travaillé avec votre service informatique afin de disposer de sauvegardes régulières et accessibles. Bref, les choses se mettent en place. 

Bravo, mais maintenant, concrètement, que choisir ? Il y a pléthore de solutions logicielles en matière de “digital assets management” comme on dit. Depuis quelques années avec l’augmentation des débits internets, ça a poussé comme des champignons après la pluie. L’objectif n’est pas de vous conseiller sur une solution car je ne connais pas l’ensemble de l’offre existante sur le marché. Mais en résumé, voici les différents ensembles de solutions :


  •  Les gestionnaires de catalogue intégrés aux logiciels de post-production photographique. Je pense à Adobe Lightroom Classic. C’est l’un des logiciels de post production les plus connus des photographes. Il peut gérer efficacement un catalogue d’images fixes et animées avec une interface facile à prendre en main. Il permet la gestion de son propre thésaurus, mots-clés, etc. Mais en revanche, il n’est pas fait pour être utilisé en réseau. C’est sa principale limite. Il sera donc utilisé uniquement que par votre collaborateur dédié qui devra mettre à disposition les visuels auprès des autres services.
  • Les solutions en ligne de gestion de production photographique. GrandShooting sur le net en est l’exemple type. C’est une solution en ligne, très facile à mettre en oeuvre et ne nécessitant pas de développement informatique chez vous. Ces solutions sont censées gérer des productions photographiques et parfois une photothèque en ligne mais elles sont rarement efficaces sur les deux tableaux. Ce sont des solutions utilisées notamment par des entreprises de vente en ligne qui doivent gérer régulièrement des shootings. Cela permet de travailler en mode collaboratif avec beaucoup d’intermédiaires et de prestataires : photographes, retoucheurs, clients, etc.
  • Les solutions complètes de digital assets management. C’est la dernière catégorie la plus aboutie si on parle essentiellement de gestion de photothèque et non de production photographique. Ce type de logiciel vous permet de réellement administrer une photothèque permettant la mise à disposition de visuels en réseau et pour l’ensemble de l’entreprise. Selon le logiciel et le budget, vous pouvez gérer des droits d’accès différents selon le type d’images, le collaborateur, etc. Vous pouvez disposer de rapports sur les images les plus utilisées dans votre entreprise, sur les mots clés de recherche qui sont utilisés, sur les images dont les droits arrivent à expiration. Bref, ce sont des solutions qui pour certaines d’entre elles sont sur-mesures et nécessitent souvent une prise en main et une installation spécifiques.


Dans tous les cas, avant de vous orienter vers une solution, je vous conseille bien entendu d’intégrer à votre réflexion les principaux utilisateurs ou services concernés, l’informatique et éventuellement un consultant qui vous aidera à définir votre cahier des charges.


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